Projet carême de la paroisse en 2019

Fuir Daech...

abouna_jalal.jpgAbouna Jalal, prêtre irakien, syriaque catholique, membre d’une communauté religieuse italienne, les Rogationistes, est retourné en Irak au début des années 2000, quand la situation des chrétiens se dégrade, suite à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine qui déstabilise complètement les équilibres politiques et sociaux locaux.
Il est installé à Qaraqosh, principale ville chrétienne de la plaine de Ninive, dans le quartier Shakak construit à la hâte pour y accueillir les chrétiens qui fuient Bagdad et Mossoul où leur sécurité n’est plus assurée dès le début des années 2000. Dans ce quartier, une petite église est en projet, avec sur son futur parvis, une petite grotte de Lourdes, tant affectionnée par les chrétiens là-bas.
En 2014, l’état islamique autoproclamé à Mossoul (50 km de Quaraqosh) terrorise toute la région. Qaraqosh est ville-refuge.
Dans la nuit du 6 août 2014, les Peshmergas, armée kurde, qui protégeaient la ville, se retirent sans prévenir. La ville est livrée à Daech… Tout le monde doit fuir et tout laisser sur place dans la nuit. Sans quoi, c’est la mort ou la conversion forcée à l’islam.
Abouna Jalal, qui a le sommeil lourd, n’entend pas le bruit du départ précipité des tous les habitants alentour. C’est un ami, qui ne le voyant nulle part dans les convois, l’appelle vers 3h du matin. Au moment où le téléphone sonne, des cris des soldats de Daech se font entendre au loin. Abouna Jalal est à pied, il prend ses jambes à son cou et s’enfuit. Il sera heureusement récupéré par une voiture qui fuyait par le même chemin.

Don Antoine

Exil à Erbil

Dans la nuit du 6 août 2014, tout le monde a dû fuir le quartier Shakak à Qaraqosh. Arrivés à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, les milliers de fugitifs sont installés d’abord dans des tentes puis dans des immeubles en construction et dans des algécos, organisés en camp de réfugiés.
Pour les chrétiens, c’est l’Église qui prend en charge l’organisation et l’administration de ces camps. Abouna Jalal est responsable du camp « Ashti 1 », dans le quartier Ankawa, quartier d’Erbil investi par les chrétiens. Là, il administre le camp et se retrouve non seulement curé, mais quasiment maire de cette nouvelle ville, juge de proximité, intendant général, etc.
Fin juillet 2015, lorsque je m’y rends pour la première fois, il a construit une petite église en poutres métalliques et cloisons sandwich. Il a même monté un clocher. Auparavant, il a géré le réseau d’assainissement des eaux usées et fait installer une citerne d’eau potable, etc.
Il est toujours attentif à l’accompagnement des familles et organise une sorte de patronage pour les enfants. Le 15 août 2015, nous assistons ensemble à la pose de « la 1ère pierre » (en fait une poutre métallique) d’une grande église construite dans le camp d’à côté.
En février 2016, c’est une grotte de Lourdes, construite dans le clocher, qui attend une statue de Notre Dame que nous lui enverrons directement du sanctuaire.
Abouna Jalal, qui avait passé un temps de repos en Italie, s’est retrouvé à accompagner des pèlerins italiens à Lourdes durant l’été 2016. Il passera le 15 août dans mon ancienne paroisse.

Don Antoine